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Musées de la Ville Strasbourg
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Strasbourg 1400 [Accueil]
Strasbourg 1400, un foyer d'art dans l'Europe gothique - du 28 mars au 6 juillet 2008, Musée de l'oeuvre Notre-Dame
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Catalogue

L'exposition / Contexte historique

Description de Strasbourg à la fin du Moyen Age

1432 :

« Argentina est d’une telle splendeur, d’une telle beauté, que ce nom ne lui fut pas donné sans raison. L’église pontificale, nommée Munster, magnifiquement bâtie en pierres de taille, s’élève en une très ample construction, ornée de deux tours, dont l’une, achevée, œuvre admirable, cache sa tête dans les nuages. Il y a aussi d’autres églises et des couvents splendides par leur ampleur et leur ornementation, un hôtel de ville remarquable et des maisons de bourgeois et de clercs que même des rois ne dédaigneraient pas d’habiter »

Aenas Silvius (futur pape Pie II), De ritu, situ, moribus et conditione Germaniae, Bâle, 1551, p. 1052

Traduction de H. Haug, Strasbourg, Paris, 1946, p. VIII

1438 :

« Le lendemain, nous arrivâmes à la ville de Strasbourg appelée en latin Argentina. Ce nom désigne un lieu d’argent et assurément elle est bien telle, car elle est une des plus nobles cités qu’il y ait dans la chrétienté. Le fleuve passe auprès d’elle et plusieurs de ses bras l’entourent. C’est une ville fort bien emmuraillée, avec un beau fossé d’enceinte, très bien bâtie, avec de belles rues planes et pavées, de multiples cheminées et poëles ; il y a de belles maisons de noble apparence, de fort belles églises et couvents, spécialement la grande église d’un travail magnifique, surtout la tour, la plus belle que j’aie jamais vue, et qui contient l’horloge. C’est vraiment une remarquable cité sur les bords du Rhin. »

Pero Tafur (chevalier castillan), Adauças et viages, Madrid, 1874, p. 237-238

Traduction de Jacques Lafaye

 

« L’art n’a jamais rien produit de plus élevé » : l’octogone et la flèche

[…] L’œuvre d’Ulrich d’Ensingen et de Jean Hültz permit à la municipalité de montrer sa puissance face aux grandes entreprises urbaines qu’étaient les églises de Fribourg, d’Ulm et de Vienne dont l’église Saint-Étienne perdait, dans les limites de l’Empire, au profit de la cathédrale alsacienne, le record de hauteur que détenait sa flèche de 137 mètres terminée en 1423. La cathédrale de Strasbourg maintenait son rang par rapport à Cologne et à Prague. Il n’est pas exclu qu’on ait voulu y manifester quelques références impériales avec, outre la présence d’un empereur parmi les statues de l’octogone, le choix d’un octogone démesuré, propre à rivaliser avec celui, alors vieux de six siècles mais au prestige intact, qui formait le cœur de la chapelle palatine d’Aix.

La construction de l’octogone et de la flèche permit d’affirmer, si elle ne la fonda pas, la prééminence dans l’Empire de la loge de Strasbourg sur celles de Berne, Vienne et Cologne, comme l’indique le règlement des tailleurs de pierre de Ratisbonne en 1459, qui fait référence à des traditions plus anciennes qu’on ne peut dater précisément. Les dessins nombreux de la façade de Strasbourg conservés sur d’autres chantiers témoignent de l’ascendant pris par celui-ci, l’une des principales références architecturales durant le XVe siècle. Comme à Vienne ou à Berne, on prit soin à Ulm, déjà évoqué parmi les sources de l’octogone de Strasbourg, de se documenter sur l’avancement de la façade alsacienne. Par un effet de réciprocité, le lent chantier souabe fut modifié à la fin du XVe siècle par Matthäus Böblinger pour intégrer certains éléments de l’octogone strasbourgeois d’Ulrich. Ce nouveau projet devait n’être mené à bien qu’à la fin du XIXe siècle. Plusieurs plans de la flèche de Jean Hültz ont été également réalisés à la fin du Moyen Âge à destination de la loge souabe, preuve du vif intérêt que suscitait le chantier alsacien.

Sur place, on n’avait pas renoncé, après 1439, à achever la façade par une flèche sud. On peut comprendre à la fin du siècle la volonté de relever le défi chez l’architecte Hans Hammer qui prit soin de se placer dans la continuité de ses illustres prédécesseurs. Il ne put tout au mieux qu’amorcer les projets dont les dessins sont étonnamment proches de ceux qui, aux alentours de 1400, avaient porté le chantier de la cathédrale de Strasbourg à la pointe de la création architecturale en Occident.

Dany Sandron, Strasbourg 1400, Strasbourg, 2008, extrait du catalogue de l'exposition

 
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